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Le sacre des frères Diabaté du Burkina Faso
La 7e édition du festival dénommé Triangle du balafon, qui s’est tenue du 10 au 12 février 2012 à Sikasso au Mali, a consacré la troupe « Mamadou Diabaté percussion mania » du Burkina Faso. Elle s’adjuge ainsi le trophée « Lamissa Bengaly », d’une valeur de 1 500 000 FCFA.
Cela fait la quatrième fois que les Burkinabè se classent premiers au Triangle du balafon. En 2006, 2008 et 2009, des joueurs de balafon du Burkina Faso se sont également vu décerner le trophée « Lamissa Bengaly », qui récompense chaque année à Sikasso en République du Mali, le meilleur groupe de balafonistes du Triangle. L’édition 2012 a vu la participation de huit ensembles de quatre pays, à savoir le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali et la Guinée, à raison de deux groupes par pays. Le Burkina Faso a été représenté par les troupes « Yiribasso » de Dédougou et « Mamadou Diabaté percussion mania » de Bobo-Dioulasso. Après deux nuits de compétitions dans la salle de spectacles « Lamissa Bengaly », ce sont les frères Diabaté qui ont régné en maîtres absolus. Le jury, présidé par Massamou Wélé Diallo, directeur de l’ensemble instrumental du Mali, a travaillé sur des critères comme la maîtrise individuelle dans le maniement de l’instrument et les efforts de recherche et de créativité musicale. Outre le premier prix, celui de la virtuosité (ou prix spécial « Alcaly Camara » du meilleur joueur de balafon) est revenu à Mamadou Diabaté, le leader du groupe vainqueur. Il est doté d’une somme de 200 000 FCFA. Le 2e prix du classement général, dénommé « Prix de l’intégration », a été décerné au groupe « Balafon Bouaza Koumi Diossé » du Mali, tandis que le 3e prix ou « Prix de la ville de Sikasso » est allé au groupe « Keibafone » de la Côte d’Ivoire. Le ministère malien de la Culture a également octroyé des prix spéciaux. Le prix du plus jeune talent a été ainsi obtenu par Oumou Diabaté de l’ensemble « Keibafone » de la Côte d’Ivoire, et celui de la promotion du genre par « Djéli Kouyaté » de la Guinée. « Je suis très content pour le prix. Nous ne sommes pas venus à Sikasso pour compétir seulement, mais pour montrer aux autres, notre tradition », a confié Mamadou Diabaté, après avoir reçu le prix « Lamissa Bengaly » des mains du ministre de la Culture du Mali, Hamane Niang. Le gouverneur de la région des Hauts-Bassins, Siaka Prosper Traoré, a également pu admirer le trophée des frères Diabaté, une demi-heure seulement après leur retour de Sikasso, le lundi 13 février 2012 dans la soirée. Il s’est réjoui des résultats obtenus par les représentants burkinabè à cette manifestation. « Il est d’autant plus normal qu’on les félicite, parce qu’ils ont fait honneur à la région des Hauts-Bassins et à tout le Burkina Faso », a dit notamment le gouverneur. Le ministre malien de la Culture a, pour sa part, promis de lancer un appel aux organisateurs du Festival, pour que les spectacles « off » prennent le pas sur la compétition officielle. « Cette édition nous a permis de comprendre que le concours risque de tuer le Triangle du balafon », a-t-il déclaré, avant de souligner la possibilité de supprimer le volet compétition de la fête. Hamane Niang s’est aussi réjoui de l’internationalisation du Triangle qui a enregistré cette année, la participation de festivaliers américains et espagnols. Pour les éditions à venir, le ministre malien souhaite que le Festival puisse être retransmis en direct sur les télévisions nationales des quatre pays membres de l’événement.
Moustapha SYLLA
De retour de Sikasso (Mali)
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L’origine du balafon, selon Kardigué Laïco Traoré, comédien malien
Beaucoup de Burkinabè ont certainement connu Kardigué Laïco Traoré à travers des films, notamment dans « Sya, le rêve du python ». Dans cette œuvre du réalisateur Dani Kouyaté, le comédien malien tient le rôle d’un roi, qui sacrifie chaque année, des filles à « un serpent imaginaire », pour protéger son royaume. Aujourd’hui, M. Traoré, né à Ouahigouya au Burkina Faso il y a de cela 66 ans, est fonctionnaire à la retraite dans son pays. Cependant, il reste actif dans le domaine de la culture. Il est ainsi le maître d’œuvre de presque tous les spectacles organisés lors des grandes manifestations au Mali, comme le Triangle du balafon et la Biennale de la culture. C’est aussi lui qui a imaginé la grande fête du Cinquantenaire : le défilé civil, les mouvements d’ensemble, les majorettes…A la fin de la cérémonie d’ouverture du festival Triangle du balafon à Sikasso, le 10 février 2012, Sidwaya l’a rencontré. Dans les lignes qui suivent, il raconte à sa façon, comment le premier balafon a été fabriqué.
« Généralement dans le milieu sénoufo, les hommes enlevaient les filles qui devenaient ensuite leurs femmes. A un moment donné, les filles ont dit qu’elles en avaient marre de cette pratique, et qu’elles aussi iraient chercher des hommes. C’est ainsi que sept jeunes filles se sont réunies, dans le but de parcourir sept villages. Chaque fois qu’elles devaient arriver dans un village, quelqu’un devait lancer un bâtonnet sur une fille, mais malheureusement, tous les sept bâtonnets ont été remis à la même fille. Donc, elle était gênée et dépitée, et les autres déçues. Cela signifie le lien du sang, l’amitié. Les filles ont ensuite décidé de retourner dans leur village et d’enterrer les sept bâtonnets. Après avoir enfoui les objets sous terre, elles ont craché là-dessus, mais un vieux sage avait suivi toute la scène. Ce vieux est venu sur les lieux, a creusé le sol et a vu les bâtonnets. Alors, une voix lui a fait comprendre qu’à cette même place, pousserait un arbre et que cet arbre ne parlerait que quand il serait mort. Mais ce secret, le vieux ne devait le confier qu’à des jumeaux, qui peuvent déchiffrer le message de cet arbre qui va pousser. Le sage sentant sa fin approcher, est parti à la recherche d’un autre vieux. Mais, en revenant, sa maladie s’est aggravée et il a vomi du sang sur le trou où étaient enterrés les bâtonnets. L’arbre qui a poussé, s’appelle chez nous (au Mali) le Guenou. Lorsque sa sève coule, elle rougit au contact de l’air et cela représente le sang du vieux qui détenait le secret. L’homme auquel il s’était confié a donc retrouvé les jumeaux et l’arbre a dit à ces derniers qu’il ne parlerait que lorsqu’il serait d’abord mort. Ça c’est déjà la spécificité du balafon : c’est le bois mort qui parle. Pour nous résumer, nous dirons que c’est le Guenou qui a servi à fabriquer le balafon. Le balafon a des langages secrets, que seuls des initiés peuvent déchiffrer. Il accompagne nos vieux à leurs dernières demeures, il réunit les filles, les garçons, les femmes et les hommes… Bref, c’est un trait d’union très fort dans les peuples. Puisque c’est venu de sept jeunes filles, les premières personnes à être sur la place du village quand le balafon résonne, ce sont les femmes ».
Propos recueillis à Sikasso
par Moustapha SYLLA
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Des festivaliers apprécient
Dansa Bitchibali, secrétaire permanent de la Semaine nationale de la culture (SNC) :
Le Burkina est aujourd’hui à son 4e trophée sur sept éditions du Triangle du balafon. Cela dénote de la qualité du travail que mènent nos artistes, surtout sur cet espace. Nous sommes une nation de balafon, et la jeune génération l’éprouve à chacune des éditions du Festival. Je suis fier pour l’ensemble des artistes du Burkina Faso pour cette superbe façon de tenir haut le drapeau national dans tous les concerts. D’édition en édition, le Triangle s’améliore du point de vue technique. Nous avons constaté un sérieux travail de recherche au niveau des différents groupes. Les spectacles se professionnalisent de plus en plus en termes de richesse sur le balafon, mais il reste encore quelques petits ajustements à faire. C’est un événement qui a de beaux jours devant lui.
Gabriel Magma Konaté, comédien et journaliste à la télévision Africable :
« J’ai participé à toutes les éditions du Triangle du balafon. Un pareil festival est très important, parce que généralement, le culturel réussit là où le politique échoue. C’est un meilleur moyen d’intégration des peuples, de développement économique, politique et social, parce que le balafon est fédérateur et intégrateur. Initié par le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, ce festival est en train de prendre de l’ampleur, parce qu’il a eu un impact certain. Cet impact amène les populations qui partagent les mêmes cultures à se rencontrer, à se connaître et à booster le développement ».
Souleymane Traoré dit « Néba Solo », balafoniste malien :« Chaque année, c’est la même programmation, mais cette fois-ci, il y a encore plus d’ambiance et plus de sérieux dans l’organisation du festival. La fête du balafon, c’est pour nous les musiciens, précisément les balafonnistes. Le balafon évoque l’unité, parce qu’une seule lame ne peut pas chanter. Nous aussi, devons imiter cet instrument, car si on tape sur une seule de ses lames, ça ne marche pas. Au départ, je jouais du balafon avec mon grand-frère. Je suis ensuite parti chercher l’expérience et je suis revenu pour faire ma propre création en 1987. Lorsque j’ai fini cette création, les gens ont dit que « Solo qui vient de Néba », a fait quelque chose de bien. Voilà comment j’ai été surnommé Néba Solo. J’ai commencé à voyager en Europe à partir de 1997 pour donner des spectacles. En 2003, je suis parti aux Etats-Unis d’Amérique et à partir de 2008, j’ai fait plusieurs pays de l’Asie, notamment la Chine, la Corée, l’Inde…Donc, je peux dire que grâce au balafon, je suis connu partout dans le monde. Grâce aussi au balafon, j’ai été fait chevalier de l’Ordre national en 2003 et en 2008, officier de l’Ordre national. Tout ce que je fais dans la vie, c’est grâce au balafon. Depuis 2000, j’ai créé à Sikasso, ma région natale, un centre pour la fabrication et l’apprentissage du balafon ».
Adama Traoré, opérateur culturel, directeur de festival et metteur en scène malien :
« Le projet artistique en lui-même de célébrer le balafon est une excellente idée. Il reste maintenant à faire en sorte qu’on puisse aider les balafonistes à se faire valoir et que cet instrument de musique entre dans le circuit universitaire. Il est inconcevable qu’aujourd’hui, des instrumentistes traditionnels n’aient pas d’attestations, pour pouvoir enseigner dans les écoles. Au Mali par exemple, il y a l’Institut national des arts et le Conservatoire national des arts, mais dans ces écoles, ce sont des instruments occidentaux qui sont enseignés, sous prétexte que les joueurs d’instruments traditionnels n’ont pas d’attestions ou des diplômes équivalant à ceux des Européens. C’est un non-sens. Nous devons arriver à créer un contenu pédagogique, aboutissant à une attestation, pour leur permettre d’enseigner à ce niveau-là ».
Propos recueillis à Sikasso
par Moustapha SYLLA
Sidwaya.bf


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